2. L'accès aux réseaux

Table des matières

2.1- Les trois types de lecture et de mémorisation

2.2- La lecture d'une page et celle d'un écran

2.3- De la lecture à l'action

Résumé

La lecture d'un texte imprimé et celle d'un écran Web est très différente, même si complémentaire.

L'accès aux contenus et aux services passe par trois types de lecture et de mémorisation.

Afin de lancer la nouvelle économie, nous devrons conquérir les clientèles en attente, donc développer une stratégie de mise en écran tenant compte des différents types de lecture et de mémorisation.

Toute activité de lecture et de mémorisation de la part de l'utilisateur tend vers une action.

 

2.1. Les trois types de lecture et de mémorisation

On a beaucoup écrit sur le fait (présumé) que les gens ne lisent pas, ou ne lisent jamais les textes au complet, ou que l'Internet tue l'écriture, etc. Tout cela est dû à une méconnaissance des habitudes de lecture et d'écriture face aux TIC et au fait que nous utilisons un média aux caractéristiques nouvelles, le Web.

Un individu utilise, dans ses activités courantes, trois types de lecture auxquels correspondent trois types de mémoire. Ce sont là trois modes de pensée qui dépendent du contexte d'utilisation [procédurier 7].

L'utilisateur du Web est un système visuo-culturel [web 7] :

Le monde lui apparaît comme une information continuellement présente qu'il voit, perçoit, intègre et mémorise.

La majorité des informations qu'il reçoit, 83 %, sont d'abord vues par son système visuel (œil, etc.).

Ces informations sont ensuite filtrées par la mémoire courte qui ne laisse entrer qu'environ cinq éléments à la fois (la loi de Miller) [web 6].

À cause de son émotion qui reconnaît certains signaux, son attention est attirée sur certaines informations (le système limbique).

Elles sont ensuite décodées à partir du code de communication que lui fournissent son ou ses groupes d'intérêts (narrowcasting) et, de façon plus large, par ces deux filtres que sont la langue et la culture (la mémoire longue) [web 5].

Finalement, il voit peut-être des détails, mais une fois qu'il intègre leur continuité, il se sent capable d'agir, et prend une décision (à partir de l'aire préfrontale).

1er niveau de lecture : le repérage [procédurier 9]
(Lecture de première impression, stratégie d'exploration, skim reading)

C'est une lecture de survol qui aide l'internaute à se repérer rapidement dans un texte : repérage des grandes lignes, recherche des mots clés ou des titres, analyse des principaux points de repère (où sont le début et la fin, les éléments principaux ?). C'est une lecture superficielle, c'est-à-dire une lecture de parcours permettant au lecteur d'avoir une vision globale du tout ; une lecture d'une durée de quelques secondes où il retient peu d'informations mais cherche surtout des indices. Ce niveau de lecture relève surtout de la vision, c'est-à-dire de la reconnaissance visuelle. À cette étape, l'internaute utilise très peu de mémoire personnelle, seulement la partie où ces points de repères familiers sont déjà inscrits dans son cortex.

Exemples Web : les textes d'alerte à l'écran (sous forme de flash), les menus déroulants ou surgissants, le « Small Message System » employé sur les téléphones portables, les symboles, les icones, les logos, etc.

Exemples dans le domaine de l'imprimé : les petites annonces, les grands titres des journaux (lead), les punchs publicitaires, les phrases en exergue dans un texte ou dans la marge de la page, etc.

Les recherches en ergonomie cognitive révèlent qu'à ce premier niveau de lecture :

les titres sont cinq fois plus lus que le corps de texte ;

que la largeur optimale de lecture à l'écran n'est que de trois pouces [1] (environ 70 caractères );

que le lecteur choisit 60 % de ses informations parmi les premiers choix offerts ;

que la fonction retour (bouton back) est la plus utilisée (40 %).


2e niveau : le balayage [procédurier 9]
(Lecture limitée, lecture de reconnaissance explicite, lecture synthèse [2] )

Cette lecture aide le lecteur à vérifier les caractéristiques du document et les grandes lignes du contenu. Elle relève plutôt de la perception, c'est-à-dire de la possibilité qu'a le lecteur de faire des associations mentales. Cette forme de scan permet au lecteur de localiser l'information recherchée. C'est lecture de survol et de synthèse liée en grande partie à l'émotivité du lecteur [3] . La reconnaissance explicite de certains éléments d'information est directement liée aux expériences du lecteur. À cette étape, le lecteur utilise le mécanisme de la mémoire courte [4] (shorter attention spa) qui ne laisse entrer dans son cerveau qu'environ cinq éléments d'information à la fois.

Exemples Web : la plupart des courriels, l'utilisation simultanée à la télévision de deux ou trois fenêtres avec des commentaires audio, etc.

Exemples trouvés dans l'imprimé : les résumés placés au début des chapitres ou dans les encadrés d'une page, les formulaires, les sous-titres accompagnant les principaux titres, la plupart des articles de magazines et les articles dans les journaux du matin distribués dans le métro.

Les recherches en ergonomie cognitive révèlent qu'au deuxième niveau de lecture :

le lecteur balaie (scan) ;

le lecteur lit surtout la première phrase du paragraphe, quelquefois la deuxième ;

il découpe cette lecture par entités de sept, plus ou moins deux, éléments d'informations ; règle qui s'applique à l'organisation des tableaux, des tables de matière, et à la rédaction de titres (chapitre 8) ;

que les tableaux en colonnes (typographie verticale) sont préférables aux rangées (typographie horizontale), et que les lecteurs préfèrent les tableaux avec boulets (chapitre 7).

3e niveau : la profondeur (Lecture mot à mot, lecture en profondeur) [procédurier 9]

C'est la lecture dont parlent habituellement les spécialistes : une lecture attentive où le lecteur additionne linéairement les détails qu'il décortique à partir des indices fournis par la mise en page typographique. Ce troisième niveau de lecture suppose, de la part du lecteur, une certaine connaissance globale de cet environnement ou micromonde. La mémoire longue de l'individu est une structure où s'emmagasinent les informations à partir de ces filtres que sont la langue et la culture [web 5]; on peut même penser qu'une partie de cette mémoire est commune à tous les citoyens-consommateurs qui utilisent cette langue et cette culture [5].

Les recherches en ergonomie cognitive révèlent au troisième niveau de lecture :

que seulement 15 % des internautes utilisent spontanément ce niveau ;

qu'il faut offrir à l'utilisateur d'imprimer un document qui dépasse trois ou quatre pages à l'écran (un internaute sur quatre imprime ces textes) ;

que le texte se lit plus lentement à l'écran (25 %) ;

que l'utilisateur lit très peu les pages d'aide et qu'il ne consulte presque jamais les instructions ;

que la typographie peut être assez sophistiquée car même les petites différences typographiques sont perçues par le lecteur à cause de 400 ans de traditions et d'éducation dans ce domaine.

 

Comparaison entre les trois types de lecture :

Vision

Perception

Intégration

Lecture

1er niveau : repérage

2e niveau : balayage

3e niveau : profondeur

Durée

0,3 à 3 sec.

15 à 30 sec.

Heures

Entrée

Pré Attention

Attention

Répétition

Format de l'information

Copie directe physique

83 % par les yeux 11 % par les oreilles

Répétition visuelle, acoustique et environnement

Capacité

Grande mais superficielle

À peu près 5 éléments

Par catégories thématiques

Perte d'information

Par altération

Par déplacement

Désinformation et exformation

On notera que des stimuli comme l'écrit, le schéma et l'image, ne sont pas lus de la même façon [web 19] et que la navigation sera différente selon que l'utilisateur lit des textes ou des schémas [web 20] [procédurier 7].

Schéma web 4

La modification de la communication

Pour vivre, l'homme doit constamment communiquer, c'est-à-dire échanger des informations avec une société composée d'environnements divers. Pour vivre, l'homme doit apprivoiser ces environnements grâce aux signes, aux images et aux symboles, que lui fournissent notamment les médias : livres, journaux, télévision, écrans d'ordinateurs et sites Web [information 1][web 3].

Un changement d'environnement s'accompagne d'une multiplication d'informations, et lorsque celles-ci deviennent trop nombreuses, un nouvel outil de traitement médiatique est inventé par l'homme, et dans ce cas-ci, le Web de troisième génération.

 

Schéma web 5

La modification de la langue et de la culture

La langue et la culture sont des grilles d'analyses filtrant les liens entre la pensée d'un groupe d'êtres humains et leurs différents environnements. Ces deux grilles (certains parlent de système) expliquent les relations qui existent entre un groupe particulier et son ou ses environnements.

Les mutations de la société et des être humains qui la composent (les deux pôle du schéma ci-dessus), modifient le modèle d'accès à la connaissance et les outils d'accès à celle-ci (la flèche ci-haut), d'où l'apparition du nouveau Web. Ces modifications affecteront à leur tour la langue et la culture facilitant l'adaptation des êtres humains à leurs mutations.

 

Schéma web 6

Les stratégies d'accès à la connaissance

Pour communiquer avec son environnement, l'être humain perçoit et mémorise les informations de différentes façons en utilisant plusieurs parties de son cerveau selon ses besoins. Il combine trois modes de pensée (je l'ai vu, je l'ai lu, je l'ai compris) dépendant du contexte :

• lecture : repérage, balayage et lecture en profondeur ;

• attention : pré attention, attention et répétition [procédurier 7];

 

Schéma Web 7

Le nouvel arrivant, un système visuo-culturel

Le système visuo-culturel de l'internaute voit une très grande quantité de données, mais il ne perçoit que certaines informations, qui par un procédé de granulation du contenu (une forme d'intégration) deviennent des connaissances qui serviront peut-être à l'action [information 11] [web 8].

L'internaute se débrouille de ce qu'il connaît de ses environnements, et des interprétations qu'il fait entre son vécu et ce qu'il lit à l'écran [web 13] [procédurier 8].

 

2.2. La lecture d'une page et celle de l'écran

Les principales caractéristiques de la lecture à l'écran sont donc la cassure de la linéarité de l'imprimé (apparition du défilement ou scrolling [6] ) et l'interactivité (utilisation des hyperliens). La plupart des internautes qui sont habitués à des navigations plurielles lisent en diagonale [7], ce qui ne veut pas dire qu'ils ne lisent jamais les détails, mais qu'ils analysent le contexte général avant de lire un texte à un troisième niveau de lecture [8].

Le code typographique

La lecture d'une page relève du code typographique. Le développement de celui-ci commence avec l'invention des caractères de plomb et de la presse à imprimer par Gutenberg, et prend une centaine d'années à se codifier. Tant et si bien que toute l'intelligentsia européenne de l'époque possède le même code d'accès à l'information [9] ; un code qui repose sur plusieurs outils :

l'organisation du contenu en chapitres, la pagination, la table des matières et les appendices.

la mise en page : les paragraphes, les alinéas, la ponctuation, etc ;

le titrage du document, des chapitres et des paragraphes.

Ce code offre un accès très subtil aux informations ; après 400 ansles utilisateurs comprennent assez bien ses subtilités (gras, italiques, etc.). En revanche, son utilisation traditionnelle favorise surtout une lecture de troisième niveau, celle du mot à mot à la recherche de détails.

Le code médiatique

Ce code se développe présentement ; il faudra probablement encore une dizaine d'années avant d'être compris par l'ensemble de ses utilisateurs. Il repose sur un ensemble d'outils (voir les contraintes, chapitre 4) [procédurier 8]:

la navigation : les liens hypertextes, etc, ;

le multifenêtrage : les divisions de l'écran en différents espaces ;

l'interactivité : l'utilisation des bandeaux, du curseur, des icônes, des messages à l'utilisateur, etc.

Ce code en fait converger d'autres que l'utilisateur connaît déjà : les codes cinématographique, télévisuel, des bandes dessinées, de l'animation et celui plus hybride des CD-Rom. En général un lecteur moyen lit par ordre d'importance :

du haut de l'écran vers le bas ;

de gauche vers la droite (le sens de la lecture en occident) ;

il lit les titres, puis le début des paragraphes (à ce stade il observe surtout la micro graduation du contenu ) ;

s'il rencontre un problème ou ne trouve pas ce qu'il cherche, il consulte ensuite les menus généralement situés sur le coté gauche de l'écran, puis en dernier recours les commandes placées dans le bandeau du menu situé en haut en l'écran (chapitre 4)

De plus, si les lecteurs traditionnels sont réactifs face au texte écrit, les internautes doivent devenir proactifs face au texte à l'écran, à cause des exigences de l'interactivité. Le fait que la lecture à l'écran soit plus ardue que la lecture sur papier [10] peut être contrebalancée par la présentation de synthèses textuelles. La synthèse textuelle et la schématique visuelle seront les deux outils principaux du Web de 3e génération parce qu'elles rendent le contenu signifiant par sa forme en ce qui concerne la lecture à l'écran [procédurier 9]. Quant à ce qui se passe derrière l'écran, l'outil principal sera l'architecture de l'information.

Dans l'ancien contexte où une information spécifique était recherchée, la plus-value était la rareté. Dans le nouveau contexte de surcharge informationnelle, la plus-value sera la synthèse.

2.3. De la lecture à l'action

Toutes ces stratégies de lecture doivent conduire le lecteur à prendre une décision : choisir, prendre, acheter, voter, accepter, etc. Plusieurs écoles de pensée (chaque ligne ci-dessous) décrivent les étapes de ce processus avec à peu près les mêmes mots :

1er niveau :
Lecture de repérage

2e niveau :
Lecture de balayage

3e niveau :
Lecture de profondeur

Lecture de recherche

Lecture sélective

Lecture intégrée

Repérer

Regrouper

Comparer

Sélectionner

Analyser

Valider

Trouver

Synthétiser

Prendre une décision

Explorer

Associer

Agir

 

À chaque étape la quantité d'informations, que le lecteur doit traiter, est différente et les outils qu'il utilise changent [web 8].

Schéma Web 8

De la lecture à l'action

Il existe une équation entre la quantité d'informations que le lecteur doit traiter et les outils de synthèse qu'il utilise [procédurier 9].

Cela se traduit par un rapport entre la vitesse et la profondeur : plus le processus est profond plus la lecture est lente, donc le processus de synthèse est plus ardu et son coût cognitif plus élevé [information 12]

À la recherche d'indices : Processus d'identification de mots ou d'images qui semblent être liés à la réponse recherchée et rejet de ce qui ne l'est pas. Repérage rapide, intuitif, sans ordre et à la recherche d'information. Analyse du contexte : Validation des démarches par association et à partir du vécu. Les informations deviennent des renseignements. Vers la connaissance : À partir du contexte, les renseignements deviennent des réponses partielles ou complètes Question ? Action !

 

[1] Comparée à la lecture sur papier où la largeur optimale est d'environ 5.5 pouces.

[2] La maison d'édition Time utilise deux équipes de rédacteurs pour produire les livres de ses collections. La première rédige le texte de base, la deuxième tous les bas de vignettes qui accompagnent les photos, les illustrations, les tableaux et les schémas. La stratégie est simple, si un lecteur commence par lire ces textes courts, il lit un résumé du document.

[3] Cela se passe principalement dans son système limbique (deuxième niveau du cerveau). Ce système maintient l'attention si le lecteur est émotivement rejoint. Voir notamment les recherches de François Richaudeau sur la lecture rapide dans la bibliographie.

[4] La loi de Miller suppose que cette mémoire a une capacité limitée, elle ne peut retenir à la fois que sept, plus ou moins deux, unités d'information (chunks) en moyenne.

[5] D'où la possibilité de créer des feuilles de style qui épousent les habitudes culturelles de lecture de certains groupes d'utilisateurs.

[6] Utiliser la barre de défilement à droite de l'écran pour faire descendre le texte.

[7] 79 % des internautes lisent en diagonale selon Jakob Nielsen.

[8] Malgré toutes les incitations, la lecture du livre décline, une récente analyse révèle que 40 % des Québécois ne lisent pas (dans le sens de la lecture de 3e niveau). Dans ce groupe, nous retrouvons les analphabètes réels et fonctionnels (à peu près 10 %).

[9] Au début de la Renaissance.

[10] Une lecture à l'écran est 25 % plus lente comparée à la lecture sur papier, selon Jakob Nielsen.

 

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   2. L'accès aux réseaux
     
  Autres chapitres : 

0. Résumé
1. Le nouveau Web
3. Les clientèles actuelles et à venir
4. Les contraintes
5. Le modèle Web de troisième génération proposé
6. Le développement d'un site Web de troisième génération
7. Les nouveaux outils

     

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